«Le Journal de Montréal» publie une première page controversée sur le variant «indien» B.1.617 Recevez les alertes de dernière heure du Devoir

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Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec ont été critiqués de toutes parts jeudi après avoir illustré en première page la présence du variant indien au pays avec une photo du premier ministre Justin Trudeau en tenue traditionnelle indienne. La classe politique craint que cette une n’alimente « les préjugés », tandis que les journalistes des deux quotidiens de Québecor s’inquiètent pour leur crédibilité.

« Comme journalistes, on subit les contrecoups. C’est notre réputation et notre crédibilité qui sont remises en question », confie le président du syndicat de la rédaction du Journal de Québec, Jean-François Racine, racontant le « malaise » qu’il a vécu en découvrant la première page de son journal jeudi matin.

Sur celle-ci, la photo de Justin Trudeau, habillé d’un vêtement traditionnel indien porté lors d’un voyage officiel en 2018, a été choisie pour illustrer la présence du variant indien au Canada, dont un premier cas au Québec a été annoncé la veille. « Le variant de l’Inde est arrivé. Alors, Justin, est-ce qu’on coupe rapidement les liens avec l’Inde cette fois-ci ? » titrent les quotidiens.

Photo:Paul Chiasson Archives La Presse canadienne

Un choix éditorial qui en a fait sourciller plus d’un. Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes ont rapidement partagé leur consternation, certains croyant même à une blague. Plusieurs ont dénoncé des « amalgames » qui contribuent à alimenter des « idées reçues » et le racisme envers certaines communautés ethniques. D’autres ont carrément appelé au boycottage des journaux de Québecor.

Or, la première page des quotidiens ne relève pas des journalistes, c’est une prérogative de la direction, ont rappelé les syndicats des deux journaux. « Les journalistes se concentrent à faire leur travail d’informer la population sur des enjeux d’intérêt public », a indiqué le Syndicat des travailleurs de l’information du Journal de Montréal, espérant que cette controverse « ne porte pas atteinte à la perception du public de la qualité et de la rigueur du travail effectué chaque jour par [ses] membres ».

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Plaintes

Devant la vague de critiques, le rédacteur en chef du Journal de Montréal, Dany Doucet, a assuré que son équipe n’a jamais voulu « offenser qui que ce soit ou viser un groupe en particulier ». « Nous sommes désolés si certaines personnes ont été heurtées », a-t-il écrit en après-midi sur le site du journal. « Il est injuste de nous prêter d’autres intentions que celle de mettre en évidence la délicate position dans laquelle se trouve le gouvernement de Justin Trudeau sur la question de la protection de nos frontières en période de pandémie », a-t-il ajouté, soulignant la qualité du travail de ses journalistes.

Au cours de la journée, des dizaines de personnes ont porté plainte auprès du Conseil de presse du Québec. L’organisme précise que le public a jusqu’à trois mois pour porter plainte contre « un produit journalistique » avant que le comité des plaintes ne se penche sur le dossier et évalue s’il y a eu faute.

« Même s’il y a 200 plaintes, Québecor reste toujours indifférent aux décisions du Conseil de presse », déplore toutefois le professeur Marc-François Bernier, qui enseigne l’éthique et la déontologie du journalisme à l’Université d’Ottawa. Il rappelle que les médias de Québecor ne sont plus membres du Conseil de presse depuis plus de 10 ans. Ils le poursuivent même devant les tribunaux depuis 2018 pour qu’il cesse de prendre des décisions à leur sujet.

La une n’en n’est pas moins « hautement problématique » d’un point de vue éthique, soutient-il. En utilisant une photo de Justin Trudeau en 2018 — qui a déjà eu son lot de controverses —, on vient détourner son sens d’origine pour lui donner une autre signification et on trompe alors les lecteurs.

M. Bernier estime également que cette première page s’éloigne du but premier d’un média : délivrer de l’information journalistique. « Les médias peuvent faire de l’opinion et de la satire, mais à travers leurs chroniques ou leurs caricatures. Là, en première page, c’est de la propagande, du sensationnalisme. »

Jointe par Le Devoir, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec a indiqué qu’elle « ne commente jamais les choix éditoriaux des médias ».

Les réactions ont également été vives jeudi à l’Assemblée nationale. « Il faut être prudent pour ne pas stigmatiser certaines communautés », a déclaré le premier ministre François Legault, après que son ministre responsable de la Lutte contre le racisme, Benoit Charette, a partagé ses inquiétudes sur les conséquences d’une telle une.

« Nous assistons à une recrudescence d’actes racistes visant les personnes d’origine chinoise depuis le début de la pandémie. Avec des représentations semblables, on risque d’alimenter les préjugés », a-t-il écrit sur Twitter.

Pour la cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, les quotidiens de Québecor ont fait des « amalgames » et nourrissent des « idées préconçues ». « Ce n’est pas acceptable », insiste-t-elle.

Même son de cloche du côté du Parti québécois et de Québec solidaire (QS). La co-porte-parole de QS Manon Massé a également tenu à rappeler que, « dans les faits, le virus n’a pas d’ethnie ».

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