Publics bouillants, feinte, tape condescendante : Ovale Masqué décape surprise !

Publics bouillants, feinte, tape condescendante : Ovale Masqué décape surprise !

Perpignan-Toulon au menu ? Non, Ovale Masqué ne pouvait s'infliger cela. Heureusement, il y a eu une ptite sauterie plutôt sympa à Ernest-Wallon lors de Toulouse-Clermont...

Par Ovale Masqué Publié leActu RugbyVoir mon actu

Samedi soir, c’était le match à ne pas rater de la 4e journée de Top 14. Le grand choc entre les deux clubs qui possèdent les publics les plus bouillants du championnat, Perpignan et Toulon !

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Vous noterez que l’adjectif « bouillant » est souvent utilisé par les médias quand ils n’osent pas dire « les gros débiles qui huent pendant 80 minutes, y compris leurs propres joueurs ». Mais ici vous le savez, on se dit les choses. Ainsi je ne vais pas mâcher mes mots pour vous faire le résumé de ce match qui n’a malheureusement pas tenu ses promesses.

La compo

Le film du match

Vous n’y avez quand même pas vraiment cru ?

Pierre Villepreux vous l’expliquerait mieux que moi (en fait non, ce serait encore plus long et avec des tournures de phrases imbitables) : l’intelligence situationnelle c’est savoir s’adapter en toutes circonstances et changer ses plans en cours de route. Pourquoi jouer au héros quand deux centres samoans armés de machettes vous attendent au bout d’une ruelle sombre d’Apia ? Dans la vie, la fuite est souvent la meilleure des options. Et après tout, écrire un compte rendu à l’arrache, en moins de 24h est parfaitement possible avec un peu de volonté.

Cette semaine, je vais donc revenir sur le match qui opposait Toulouse à Clermont, le seul vraiment regardable lors de ce week-end maudit. Car même Nouvelle-Zélande – Afrique du Sud était une purge immonde, et ça, c’est un coup à vous rendre fan de cyclisme.

Puisqu’on parle de vélo, saluons d’emblée l’audace de l’ASM, qui a décidé d’aborder cette rencontre façon Julian Alaphilippe, sans aucune autre stratégie que celle d’attaquer sans répit, en se disant qu’avec un peu de chance, ça passera peut-être. On sait que le Stade Toulousain est désormais l’indisputable boss final du Top 14, mais un boss final de jeu vidéo de borne d’arcade : quasiment impossible à battre, puisque créé uniquement pour que des candidats naïfs viennent remettre des pièces dans la machine tous les week-ends. En bons radins, les Auvergnats n’ont pas envie de payer plus d’une partie, et décident donc de jouer leur unique chance à fond.

Dès les premiers instants de la rencontre, les Jaunards investissent le camp toulousain, puis pénètrent rapidement dans les 22m. Servi en bout de ligne, Yato se procure une première occasion, puis c’est Vahaamahina qui passe tout près d’aplatir après avoir contré un dégagement en panique de Dupont. Camille Lopez gaspille des munitions en ratant une pénalité face aux poteaux, mais les intentions © clermontoises finissent par payer, et après une nouvelle excursion dans les 22, Penaud sert Raka d’une belle et longue passe sautée pour le premier essai du match. 0-5, le Beauden Barrett de Mauléon ratant à nouveau la cible sur la transformation.

Les Rouge et Noir sont bousculés, asphyxiés, et encore une fois transpercés par Matsushima. L’action n’aboutit pas, mais on s’attend à tout moment à ce qu’Ugo Mola sorte une harpe de derrière son banc de touche, et se mette à jouer une complainte pour chanter que son petit club sans le sous aura bien du mal à accrocher le maintien cette saison. Mais la musique, nous, on la connaît déjà. On se rappelle des Toulousains à La Rochelle, de ce début de match plein de rage et d’audace des Maritimes, qui n’ont pas tenté les pénalités et ont fini par le regretter amèrement.

Publics bouillants, feinte, tape condescendante : Ovale Masqué décape surprise !

À Clermont, visiblement, il y avait soirée truffade ce jour-là, car les leçons n’ont pas été retenues. À deux reprises, Lopez cherche la penaltouche plutôt que les poteaux, et Toulouse s’en sort sans prendre de points, grâce à ce mélange d’indiscipline-vicieuse-mais-pas-assez-flagrante-pour-prendre-un-carton et de bonne grosse FRENCH CHATTE ©.

La suite, on la connaît. Depuis le début de la saison, le Stade Toulousain a joué au rugby pendant environ 42 secondes, et ça leur a suffi à remporter trois matchs. Sur une de ses rares offensives, il frappe : Dupont tape un coup de pied à suivre astucieux dans l’en-but, et Romain Ntamack nous sort sa spéciale « vous croiviez que je dormais mais bim je vous plante un essai ! ». Après 20 minutes de domination jaune sans partage, ça fait 7-5 pour les Toulousains, au grand désespoir de Marc Lièvremont, qui s’était amouraché des Clermontois et de leur jeu flamboyant. Marco est pourtant bien placé pour savoir qu’il n’y a pas de justice dans ce sport, surtout quand on se trouve dans l’auto-proclamé pays du rugby.

Pas découragés par ce coup dur, les adorateurs de Giscard d’Estaing continuent d’attaquer à tout va. Beheragaray, ce talonneur qui ressemble toujours à un mec du Palmashow déguisé en gros avec une fausse moustache, nous offre une improbable chistera au centre du terrain.

Derrière, le joga bonito clermontois se poursuit et on est à nouveau proche de l’essai. Mais Lopez est plaqué in extremis. On soulignera la belle défense de François Cros, et non pas le manque de vitesse de Lopez, cet article comprenant déjà beaucoup trop de grossophobie.

Dominateurs dans le jeu, les Auvergnats le sont aussi en mêlée. À 5 mètres de l’en-but toulousain, ils parviennent à récupérer le ballon grâce à une grosse poussée. Et cette fois, ils concrétisent : le ballon sort rapidement et Lopez sert Marvin O’Connor, qui venait tout juste de rentrer en jeu, pour l’essai. Oui vous avez bien lu, Marvin O’Connor, le gitan de l’ovalie, celui qui a connu environ 12 clubs en 10 ans, avant de se reconvertir dans le rugby à 7, un sport où il a pu vivre de sa passion pour les voyages et agrandir sa collection de cravates. On notera au passage cette statistique folle : en 12 secondes, O’Connor aura donc marqué autant d’essais que Bastien Pourailly en 12 matchs.

Si à la lecture de ces mots, vous vous demandez « mais qui est Bastien Pourailly ? » sachez que je n’ai pas non plus la réponse. L’ailier aurait sans doute pu accéder à une plus grande notoriété s’il avait inscrit le troisième essai de son équipe juste avant la pause. Hélas pour lui, il s’est fait découper par le plaquage salvateur de Pita Ahki, dont le retour fait un bien fou aux Toulousains.

Il faut dire qu’on a toujours besoin d’un infatigable travailleur de ce genre, surtout quand à côté il y a l’intermittent du spectacle Zack Holmes. L’Australien va d’ailleurs prendre son traditionnel carton pour une action d’antijeu, qui nous permettra de nous dire « ah tiens, il était là, lui ». Sur l’action, les Clermontois auraient d’ailleurs peut-être pu bénéficier d’un essai de pénalité, ce qui ne manquera pas de remettre une pièce dans une autre machine, celle de l’éternel complot pro-toulousain.

La première période se termine sur le score de 10-12 en faveur de l’ASM – oui, les Rouge et Noir ont aussi trouvé le moyen mettre une pénalité sur leur deuxième ballon d’attaque. C’est peu de dire que c’est mal payé pour les visiteurs. Mais le Stade Toulousain, c’est le MEDEF du rugby : avec eux tout le monde est au SMIC, peu importe l’effort produit.

Le retour des vestiaires sonne la révolte des locaux, sans doute motivés par le discours d’Ugo Mola, qui a probablement dû inciter ses joueurs à se révolter contre les multiples injustices que subit leur club depuis des mois – crise économique, doublons, blessures, arbitrage défavorable, fuite de Cheslin Kolbe en cagolie, météo pourrie, etc… Au bout de deux minutes de jeu, ils trouvent la faille grâce à la puissance d’Anthony Jelonch, le troisième ligne formé au club depuis l’âge de 25 ans. Le Stade repasse devant, 17-12, alors qu’il évolue toujours à 14.

Côté Jaunard, on ne lâche pas l’affaire, dans le sillage d’un Damian Penaud replacé au centre et dangereux sur chaque prise de balle. On sent qu’en un contre un, le type est quasiment injouable. Heureusement dès qu’il franchit la défense, il fait quelque chose de totalement idiot, comme un coup de pied à suivre en tribunes ou un aufelode dans le vide. Preuve qu’un cerveau est aussi utile au rugby et que c’est probablement grâce à ce petit supplément qu’Arthur Vincent est parti pour être titulaire en équipe de France pendant les 10 prochaines années.

Faute de pouvoir marquer un essai, les Clermontois se rabattent sur le drop, cette pratique désuète qui retrouve de plus en plus d’adeptes depuis que le hipster parisien Joris Segonds a tenté de lancer une mode la saison dernière. Camille Lopez ajuste parfaitement son coup de pied, 17-15.

On passe l’heure de jeu, le rythme ralentit quelque peu et l’on sent que le match peut basculer d’un côté ou de l’autre. La seule question est : quand est-ce qu’il va basculer en faveur du Stade Toulousain ? Comme souvent, la réponse est : Quand Antoine Dupont l’aura décidé.

Bien aidés par Etienne Fourcade, qui s’était lancé le défi de battre le record de lancers ratés de Pierre Bourgarit, les Toulousains obtiennent une mêlée à l’entrée des 22. Tolofua sert Dupont, qui traverse toujours la vie en mode easy, et traverse aussi la défense Jaune et Bleu au passage. 24-15 après la transfo, puis 27-15 après une faute bête qui offre trois points de plus à Ramos. C’est plié, merci, au revoir.

Hélas pour eux, les Clermontois ne partiront avec rien de plus qu’une tape sur l’épaule et un « bien essayé » condescendant, puisqu’ils ne parviendront pas à aller chercher un bonus défensif dans les 10 dernières minutes de la rencontre. Les supporters auvergnats pourront néanmoins se dire que depuis le retour de Jono Gibbes, ça joue pas mal, et c’est une pensée qui devrait réchauffer leurs cœurs à l’approche d’un hiver auvergnat que l’on sait rude (déjà que l’été, c’est pas terrible non plus).

Concernant Toulouse, la marche en avant continue. Le prochain objectif s’annonce grandiose, peut-être plus grand encore que le doublé en Top 14 ou la victoire en Coupe d’Europe : aller l’emporter à Biarritz avec une charnière Alexi Balès – Zack Holmes. Cela paraît insensé, mais si un club peut y arriver, c’est bien le Stade Toulousain.

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