Saint-Malo : Agnès Martin-Lugand, la romancière bretonne qui valait deux millions de livres

Saint-Malo : Agnès Martin-Lugand, la romancière bretonne qui valait deux millions de livres

Par Samuel Sauneuf Publié le mis à jour le 10 Oct 18 à 12:19Le Pays MalouinVoir mon actu

C’est une belle histoire. Celle d’Agnès Martin-Lugand, 39 ans, native de Saint-Malo et qui vit aujourd’hui à Rouen. C’est l’histoire d’une jeune femme, psychologue clinicienne de métier, qui a profité de son congé parental pour écrire son premier roman.

Nous sommes alors en 2012. Les maisons d’édition n’y croient pas complètement et lui suggèrent de retravailler sa prose. Agnès Martin-Lugand l’améliore, la peaufine. Pour finir par la soumettre au jugement des lecteurs, via Internet.

Les gens heureux lisent et boivent du café sortent sur la plate-forme Kindle d’Amazon pour quelques dizaines de centimes d’euros. Ses nombreux amis, les premiers, se ruent sur le roman. Ça met la puce à l’oreille à d’autres lecteurs et blogueurs. Qui achètent à leur tour et surtout adorent. À coup de clics sur la toile, sa notoriété grandit de jour en jour. Un éditeur (Michel Laffon) flaire le phénomène et se rapproche de l’auteure.

La saga Lugand pouvait commencer…

« Je n’ai pas le droit d’être blasée. Jamais »

Agnès Martin-Lugand, c’est aujourd’hui 6 livres, plus de 2 millions d’exemplaires vendus, vos écrits traduits dans plus d’une trentaine de pays, des plateaux télés dans le monde entier. Ce n’est pas un peu vertigineux tout ça ?

Si, ça l’est. C’est fou, c’est passé tellement vite… J’ai l’impression que c’était hier.

Je fais en sorte de ne pas intellectualiser tout ce qui m’arrive. Je veux garder au maximum la joie et le côté extraordinaire de tout ce qui se passe.

Ce qui est merveilleux aussi, c’est de voir ces lecteurs qui me restent fidèles, me soutiennent, m’attendent.

Quand je vais en promo à l’étranger, comme dans cette petite ville de province en Russie et que je me retrouve là-bas devant un amphithéâtre plein, je me retourne et je me dis : « Ce n’est pas pour moi tout ça, ce n’est pas possible ». Je trouve ça juste ex-tra-or-di-naire !

Saint-Malo : Agnès Martin-Lugand, la romancière bretonne qui valait deux millions de livres

Il ne faut jamais être blasé de vivre ce genre de choses. On n’a pas le droit.

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Quel épisode vous a le plus marqué depuis vos débuts en 2013 ?

À chaque fois que je me relance dans l’écriture d’un nouveau roman, j’ai toujours cette question en tête : « Est-ce que tu vas y arriver ? »

Je commence à zéro une nouvelle histoire, en tête à tête avec de nouveaux personnages, dont je dois me séparer et dire au-revoir presque un an plus tard.

Puis vient cet instant où je me retrouve avec mon nouveau livre entre les mains. C’est à chaque fois un moment magique, un épisode marquant.

« Mon fils est arrivé et le désir de l’écriture est revenu »

Écrivain, c’était un rêve de petite fille ?

Pas du tout. Je n’aimais pas particulièrement l’école et la lecture. J’ai découvert le plaisir de l’écriture à la fin de mes études de psycho en rédigeant mon mémoire. J’ai alors aimé écrire et organiser ma pensée autour des mots. Ce plaisir est toujours resté dans un coin de ma tête. Les années ont passé, j’ai exercé mon métier de psychologue puis mon fils est arrivé et le désir de l’écriture est revenu…

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Vous avez besoin de quoi pour écrire un livre ?

Je ne peux pas écrire sans musique. Chaque scène a son morceau. Et si je n’ai pas le bon morceau, je n’écris pas, c’est juste la catastrophe. Entendre une musique va créer une émotion chez moi, m’emmener vers une atmosphère, une ambiance particulière, un personnage… Ça va m’aider à imaginer une scène. (Toutes les musiques correspondant à ses livres peuvent être écoutées sur son site Internet, Ndlr)

« Je ne peux pas écrire sans musique »

Plusieurs de vos fans se demandent si vous puisez vos récits dans votre propre expérience ?

Jamais. Tout est imaginé. Ça n’a rien à voir avec ma vie. Les lieux empruntés sont généralement des endroits que j’aime. Pour les personnages, je pars toujours de cette question : « Avec qui ai-je envie de passer du temps dans ma tête, à quel genre de personnalités j’aimerais me confronter ? ».

On dit que le tristement célèbre producteur de cinéma Harvey Weinstein était intéressé pour porter l’un de vos livres à l’écran ?

Oui. Mais je ne l’ai jamais rencontré et à partir du moment où le scandale a éclaté, les choses ont été très claires : on a rompu le contrat et on est reparti de notre côté sur autre chose. J’ai un agent cinéma qui gère tout ça, les possibilités de projets, etc. Des gens sont intéressés pour porter mes histoires à l’écran. On verra. Bien sûr, si un jour je vais au cinéma, et que je vois mes personnages à l’écran, bien incarnés, oui, ce sera extraordinaire là encore.

À quoi aspirez-vous désormais ?

Continuer à mener ma petite vie, profiter de ma famille, avoir toujours la possibilité d’écrire des histoires et toucher mes lecteurs.

« Toute ma famille vit à Saint-Malo »

Quels sont vos auteurs préférés ?

Il y en a plusieurs dont Douglas Kennedy, Alexandre Jardin. Globalement, j’aime beaucoup les romans historiques.

J’ai toujours un livre en cours et je suis le genre de lectrice qui se laisse envahir par le bouquin et ses personnages. Sauf que quand j’écris, il y a un peu trop de monde dans ma tête à ce moment-là… Donc je laisse tomber mes lectures. J’essaie de rattraper mon retard pendant mes vacances.

Qui est votre premier lecteur ?

Mon mari. C’est aussi mon déversoir, mon défouloir. Quand j’ai une idée en cours, je lui en parle. C’est l’être sur terre qui a le moins peur de me dire les choses. Son avis a beaucoup d’importance. Il connaît mes personnages presque autant que moi. Parfois, on est très nombreux à table !

Quel lien gardez-vous avec Saint-Malo aujourd’hui ?

Toute ma famille y vit ! Mes parents, mes sœurs. Et toute la famille de papa est à Dinard. Je suis née à Saint-Malo (en 1979), j’y ai grandi. J’étais scolarisée à Sainte-Croix, rue Ville Pépin, puis au collège du Sacré-Cœur avant de rejoindre l’Instit Intra-Muros. Comme beaucoup de lycéens, j’ai connu le bonheur de me baigner le midi à Bon-Secours.

J’essaie de revenir souvent à Saint-Malo où je passe toujours une partie de mes étés.

Recueilli par Samuel SAUNEUF

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