Équipe de villageois, cirque Pinder Ovale Masqué décape Australie-France acte 1

Équipe de villageois, cirque Pinder Ovale Masqué décape Australie-France acte 1

Même à 12h et calé en même temps que l'Euro et le Tour de France, Ovale Masqué n'a pas raté le premier test entre l'Australie et la France. La fin de match l'a régalé...

Par Ovale Masqué Publié leActu RugbyVoir mon actu

La saison 2020-2021, c’est un peu comme le COVID : quand on pense que c’est enfin terminé, ça reprend de plus fort ! Après deux Coupes d’Europe, un Top 14, une Autumn Nations Cup et un Tournoi des 6 Nations, quoi de mieux qu’une petite tournée l’autre bout de la planète avec trois matchs en 10 jours pour permettre aux gladiateurs du rugby international de se regénérer un peu.

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Bien calée entre l’Euro, le Tour de France et les Jeux Olympiques, avec des matchs programmés en semaine à midi, cette série de test-matchs contre l’Australie avait toutes les chances de passer complètement inaperçue. Mais nos Bleus décidément allergiques à l’anonymat ont trouvé le moyen de faire parler d’eux avec une nouvelle fin de match aussi bien gérée qu’une bulle sanitaire. Au moins on ne peut pas nier qu’il y a une réelle patte Galthié : on maîtrise tout jusqu’à la fin 79e, et après, on laisse le French Flair faire sa magie. A croire qu’ils le font exprès juste pour m’aider à faire mes comptes-rendus !

Le film du match

Le calendrier du rugby français étant ce qu’il est, c’est sans une partie de ses titulaires que le XV de France aborde ce premier test. Les finalistes de Top 14 sont en vacances, tandis que certains cadres comme Charles Ollivon manquent à l’appel en raison de blessures. Gaël Fickou, lui, est resté chez à la maison pour se donner un temps de réflexion et décider s’il souhaite changer de nationalité en cours de saison. C’est donc avec une équipe expérimentale que les Bleus se présentent à Brisbane… mais une équipe qui a tout de même de la gueule sur le papier. Il y a bien deux ou trois trucs intrigants, comme des joueurs de l’USAP ou la présence de Teddy Fucking Iribaren, mais a priori rien qui pourrait nous pousser à nous couvrir de ridicule.

En regardant les deux compositions d’équipe, c’est finalement du côté australien qu’on retrouve le plus d’inconnus. Mais ça c’est normal, c’est parce que personne ne se lève à 8h du mat’ le samedi pour écouter Francis Delteral raconter ses histoires de Père Castor pendant un vieux Waratahs – Rebels sur Canal + décalé. On repère quand même le visage familier de Michael Hooper, toujours en lice pour dépasser les 200 sélections avant ses 35 ans, ou un demi d’ouverture nommé Noah Lolesio. Mais contrairement à ce que nous laisse penser son patronyme, ce n’est pas lui qui nous fera exploser de rire lors de notre pause du midi (mais je suppose que vous êtes déjà au courant). C’est d’ailleurs ce brave Lolesio qui donne le coup d’envoi de la rencontre, et dès les premiers instants, on sent que les hommes de Fabien Galthié ne sont pas venus pour se prendre en selfie avec des kangourous. Première alerte avec Damian Penaud, qui intercepte une passe australienne et file à l’essai, mais les Bleus étaient en position de hors-jeu.

L’ouverture du score ne va cependant pas tarder. Sur une mêlée introduite par les Australiens dans leurs 22m, les Bleus mettent la pression et parviennent à récupérer le ballon. Macalou sert Jelonch, qui parvient à passer au contact pour Couilloud, puis c’est Danty qui réalise une passe laser sur un pas pour Villière, qui n’a plus qu’à repiquer intérieur pour battre deux défenseurs et aller marquer. L’enchaînement est parfait, et on remarque que Jelonch est déjà devenu toulousain puisqu’il réalise désormais des aufelodes plutôt que de foncer tête baissée comme un apiculteur enragé. Seule ombre au tableau dans ce début de match, Louis Carbonel rate la transformation, pourtant plutôt facile. Mais bon, ça n’aura probablement pas d’incidence sur la suite. 0-5.

Un peu vexés de se faire taper par cette équipe de villageois, les Wallabies reviennent rapidement dans la partie, bien aidés par une belle pizza en touche de Barlot, qui semble définitivement prouver qu’en dehors de Julien Marchand, aucun talonneur ne sait effectuer un lancer correctement en France. Les Green and Gold rentrent dans les 22m, et Jake Gordon trouve Hunter Paisami (totalement un nom de personnage de manga) dans l’intervalle avec une belle passe au cordeau. Le centre fonce vers l’en-but après avoir renversé Villière, pourtant auteur d’un plaquage courageux. Après examen à la vidéo, l’essai est néanmoins refusée pour une passe en-avant pas évidente, ou en tout cas pas plus que celle de Danty quelques minutes plus tôt. Aux commentaires de Canal +, Marc Lièvremont nous affirme qu’il l’aurait accordé, ce qui semble définitivement prouver que cet homme est trop honnête pour son propre bien.

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Avertissement sans frais pour les Bleus, qui sortent de ce temps fort australien sans encaisser un point. Et quelques secondes plus tard, ce sont même eux qui en rajoutent trois, grâce à un bon contest qui offre une pénalité à Carbonel. 0-8.

L’avantage d’avoir un coach qui a une vague idée de ce qu’est un plan de jeu, c’est que peu importe les joueurs présents sur la feuille de match, on retrouve toujours une certaine patte sur le terrain. En l’occurrence, celle de Fabien Galthié consiste à toucher le ballon deux fois par mi-temps, et à marquer trois essais. Sur un lancement de jeu tellement simple qu’il doit même être réalisable sur le jeu vidéo Rugby 20, Danty vient fixer la défense au milieu du terrain et sert Villière à l’intérieur. L’ailier toulonnais jaillit comme Wout Van Aert en pleine ascension du Ventoux, et on ne le reverra que derrière la ligne. Bim, ça fait déjà 0-15. Devant la naïveté de la défense adverse, on se demande quand même si l’on est pas en train de jouer la Roumanie. Au vu du déficit de la FFR, prendre des billets d’avion pour Bucarest était sûrement moins coûteux que pour Sydney, et comme il n’y a de toute façon aucun journaliste embarqué sur cette tournée, on peut imaginer que la supercherie était facile à monter.

Un coup d’œil rapide à la tronche de certains joueurs permet néanmoins d’évacuer le doute. On a bien une douzaine de colosses du Pacifique pillés dans les îles d’à côté, et des purs Australiens avec des têtes de consanguins qui vivent en slip dans une caravane en plein milieu du bush, à l’image de Tate McDermott et sa fantastique dégaine.

Surtout, les locaux commencent à revenir dans le match petit à petit et monopolisent le ballon. Les Bleus enchaînent les fautes mais évitent le carton jaune avec la même habilité qu’un coureur de l’équipe Bahrain Merida évite les contrôles positifs (bon promis, dernière référence à ce sport de maigres). Les Wallabies ne prennent pas les pénalités et insistent pour marquer l’essai. Un choix qui finit par payer lorsque Paenga-Amosa va aplatir après un ballon porté. 7-15 après la transformation de Lolesio.

Ce sera le score à la pause pour des Français pas forcément brillants, mais sérieux et opportunistes. Ceux qui imaginaient déjà une branlée digne des meilleures tournées estivales des années 2000-2010 peuvent donc être rassurés.

Le deuxième acte repart à peu près sur les mêmes bases que la fin du premier, avec des Wallabies volontaires et des Bleus aussi indisciplinés que des gosses dans ton wagon de train au départ des vacances. Lolesio rajoute trois points, 10-15. Après une très belle chandelle bazardée par Banks, les hommes d’Anthony Jelonch nous offrent une de leurs rares séquences offensives de la seconde période, qui aboutit sur une pénalité en face des poteaux. Carbonel la passe, 10-18. On sent néanmoins que les mangeurs de grenouilles sont de plus en plus en difficulté, y compris dans le secteur de la mêlée, et se faire dominer par l’Australie en mêlée n’est jamais agréable. Précisons tout de même que Dave Rennie a fait rentrer son meilleur impact-player au poste de pilier droit, Taniela Tupou, surnommé le « Thor tongien ». Mais en France aussi on a des Avengers, avec Dylan Cretin le Hawkeye de Haute-Savoie, celui qui est dans l’équipe même si on ne sait pas trop à quoi il sert.

Dominateurs, les Australiens passent même tout près de marquer après un joli coup de pied à suivre dans l’en-but. Heureusement, on assiste au premier moment certifié Cirque Pinder de ce match (pas le dernier, encore une fois j’imagine que vous êtes déjà au courant) lorsque l’ailier Tom Wright échappe le ballon dans l’en-but. Couilloud ne parvient pas non plus à contrôler le cuir, mais heureusement, l’arbitre siffle un en-avant qui nous empêche d’encaisser un essai vidéo gag.

Les Wallabies ont du mal à concrétiser, mais ils s’appuient à nouveau sur leur mêlée pour réduire le score sur pénalité, 13-18. Les Bleu, eux, sont impitoyables : même quand ils n’ont pas le ballon, ils obtiennent des occasions de scorer, et un grattage de Danty offre une belle opportunité à Melvyn Jaminet, chargé des coups de pied lointains. Le joueur de l’USAP ne se pose pas de question, à l’instar de ses parents quand ils ont décidé de mettre un y dans son prénom. 13-21.

Malgré cet avantage confortable, les jeunes français sont toujours sevrés de ballons, et le banc des remplaçants n’inverse pas la tendance. Falatea fait honneur aux capacités des Clermontois à exceller dans le money time avec deux en-avant, tandis qu’Etrillard ne se montre pas plus rassurant que son prédécesseur en touche. Enfin, le galactique Teddy Iribaren, le Finn Russell basque, rentre en jeu pour honorer sa première sélection à un âge où Jefferson Poirot et Sébastien Vahaamahina avaient déjà annoncé leurs retraites internationales. On sait alors que le demi de mêlée remplaçant du Racing 92 se mettra en valeur soit avec une chistera de 60 mètres, soit en faisant absolument n’importe quoi(mais encore une fois je suppose que vous êtes déjà au courant de ce qu’il va choisir).

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En attendant ce moment de gloire, les Wallabies continuent leurs offensives, toujours en s’appuyant sur la rudesse de leurs avants. Et ça finit par craquer une seconde fois côté bleu, lorsque Michael Hooper va aplatir un essai particulièrement laid. Mais au rugby il n’y a pas de note artistique, sinon l’Écosse serait déjà 8 fois championne du monde.

Ça commence à chauffer pour les culs bleus et on sent le staff tricolore (Fabien Galthié, Raphaël Ibanez et Anthony Bouthier – il doit faire partie du staff vu qu’il assiste à tous les matchs en bord de touche sans jamais rentrer) est en pleine montée de stress. Lolesio rate un drop de peu, puis c’est Tupou qui déchire la défense française en cassant deux plaquages – car comme chacun le sait, pour arrêter Taniela il faut s’y mettre à trois. Mais derrière ça ne donne rien, Paisami commettant un choix douteux avec une passe au pied sur l’aile qui sort directement en touche. Le trois-quarts centre va récidiver quelques secondes plus tard avec un nouveau jeu au pied alors qu’il ne reste qu’une minute à jouer. Comment peut-on faire plus idiot ? (oui, je sais, vous savez comment, attendez, ça arrive).

Sur ce qu’on pense être l’ultime occasion australienne, Danty endosse à nouveau le costume du héros avec un grattage dont il a le secret. Les Bleus décident de taper, alors qu’il aurait peut-être été plus prudent de garder le ballon et de faire tourner le chrono pendant 30 secondes. Carbonel trouve une touche de mini-poussin et derrière, le chef d’œuvre tant attendu.

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Tout ce qu’il est possible de mal faire en une action, les Bleus vont le faire. Et avec quel panache. D’abord, on décide lancer en fond de touche plutôt que de jouer la sécurité. Ensuite, Cretin dévie le ballon derrière lui plutôt que de tenter de le capter. Iribaren est lobé et rattrape la balle en catastrophe, chassé par ce diable de Tupou, lancé comme un T-Rex sur un chihuahua. Au lieu de donner le ballon à Jelonch, assez solide pour enterrer le ballon calmement, le demi de mêlée balance la balle vers Jaminet, qui ne dispose pas plus de confort pour dégager. L’arrière refile ce ballon qui prend des allures de grenade dégoupillée à Damian Penaud, dont la course est tout simplement inexplicable. On dirait un bug de jeu vidéo, ou un labrador qui aurait entendu un écureuil dans un buisson. Même Yoann Huget était choqué.

Fatalement, le ballon est récupéré par les Australiens, qui se lancent dans une longue phase de pilonnage. Ça ne donne rien, et après une nouvelle tentative de drop loupée, l’arbitre revient à un avantage car les Bleus ont encore commis 12 fautes sur l’action. Face aux poteaux,Lolesio ne rate pas l’immanquable, 23-21. Ce match aurait pu devenir historique, si la France l’avait emporté en Australie pour la première fois depuis 30 ans. Il le restera pour une autre raison, un peu moins glorieuse mais finalement tellement plus drôle, et surtout tellement plus française.

Bien sûr, on se moque un peu, mais ce serait trop facile et trop cruel de charger cette jeune équipe Bricorama, qui s’est préparée pour cette rencontre dans des conditions bien particulières. Toujours est-il que l’on est obligés de remarquer que si les matchs duraient 78 minutes, le XV de France serait déjà largement favori pour gagner la prochaine Coupe du monde. Consolons-nous alors avec cette pensée : il nous reste 2 ans pour apprendre à jouer deux minutes de plus, ça devrait le faire.

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